(sous réserve)

 

 

A l’issue de l’étape 3, nous sommes classés 43ème avec 481 points de pénalité sur cette étape mais 55ème avec 688 de pénalités en cumulé.

Pas si mal vous ne trouvez pas ?

 

Je vous laisse comparer avec la tête du peloton :

- équipages 165 et 214 avec 167 points de pénalité

- en troisième position l’équipage 177 avec 187 de pénalité.

 

L’amplitude des pénalités figure bien les disparités qui honorent les meneurs (peut-être provisoires), des outsiders, et des malchanceux. Cette amplitude est éloquente.

Bien entendu, ceux ayant additionnés le plus de pénalités peuvent tout comme nous avoir rencontré des pannes mécaniques, avoir subi des enlisements trop longs à dénouer, s’être égaré, essuyé divers revers… Tant de péripéties peuvent survenir sur le « Students Challenge ». Et on y vient aussi pour ça…

 

Vous verrez par vous-même si vous faites le rallye l’an prochain !

 

Chacun vit son raid différemment, seul ou en groupes, certains la tête dans les étoiles, d’autres rivés à leur road book, mais le même vent de liberté souffle pour tous.

Les leaders, eux, ne doivent leur résultat qu’à leurs efforts, leurs stratégies, leurs disciplines diverses et leurs contrôles réguliers.

 

C’est une édition d’étape spéciale qui a commencé ce matin dimanche 24 février au 8ème jours du raid. En effet, nous sommes sur une épreuve marathon qui va nous conduire de Erfoud à Ouarzazate, sur 2 jours, en bivouac sauvage mais contrôlé ce soir et sur une transversale est-ouest, au milieu approximatif de la trajectoire.

Et ce n’est pas rien que de quitter toute civilisation pendant 48 heures, sans connexion d’aucune sorte que ce soit, sans réseau ni signe ostentatoire de civilisation technologique, presque sans âme qui vive que les nôtres…

 

Nous arrivons sur un paysage irréel constitué d’incroyables anciennes mers plates asséchées et jonchées, à perte de vue, de petits galets plats, noirs et bruns, comme une plage à perte de vue que surplomberaient de vénérables monts, presque des falaises qui semblent guider nos routes.

 

Il va faire très chaud aujourd’hui encore !

Nous arrivons dans un ancestral fort en pisé dans lequel les équipages se rejoignent pour une petite pause. Plusieurs accusent un petit coup de fatigue et c’est normal avec le rythme d’enfer que nous avons : levés aux aurores, couchés tard plus les coups d’adrénaline, mais d’autres en profitent pour quelques sauts histoire de faire une belle photo souvenir

Nous reprenons la route, les monts éloignés s’enfilent les uns après les autres, les arbres rares et faméliques donnent une vision surréaliste du paysage, une vision d’Afrique pure sous un soleil devenu tannant.

 

« La vie dans le grand sud marocain est source de stupeur. Ancestral et authentique et diamétralement à l’opposé des modes de vie occidentaux. Ici, on vit dans des habitations sommaires à l’architecture pittoresque en pisé, on creuse le sol pour y aménager des kanouns (variété de barbecue) où on cuisine des tagines, on mange avec un morceau de pain dans la main en guise de fourchette, on a le visage très couvert pour parer aux fréquentes tempêtes de sable, on se contente de peu. Pas d’épicerie, pas de café. Pas de fils électriques, pas de téléphone. Pas de voiture. On roule à bicyclette si on en possède mais on marche le plus souvent ou on regagne la route nationale à 4 kilomètres de là à travers reg ou erg pour prendre le bus qui passe tous les 2 jours.

On vit de ce que la nature offre, on charrie ce que le dromadaire peut transporter, on s’est, depuis des lustres, habitué à vivre en harmonie avec son biotope.

Et ce n’est pas parce qu’on se vêt de guenilles qu’on est forcément pauvre. »

 

Lire un road book n’est pas forcément chose aisée à utiliser. Il s’agit du parcours écrit en schémas, en chiffres, avec très peu d’écriture. Il se lit de bas en haut en tournant les pages vers la gauche. La moindre erreur, la moindre inattention et c’est l’égarement.

De vous à moi, pas si simple que ça de lire cette carte décortiquée en cases distinctes.

 

Sachant que, rouler en groupe est un mode de fonctionnement adopté par bon nombre d’équipage, et que lorsque l’on se trompe à la lecture du road book et qu’on roule en groupe, c’est la totalité du groupe qui se perd….Vous voyez ce que je veux dire ?

Aujourd’hui, l’erreur de lecture - la plus souvent commise - nous a conduit dans une mer de sable où nous avons dû batailler sec, très largement tankés dans un sable traître comme un Judas. Et je vous assure que n’étions pas les seuls à être piégés.

 

Notre Liliane souffre de plus en plus de ces ensablements à répétition (pas moins de 6 aujourd'hui), il est plus que temps que l’étape se termine et que l’on rejoigne le bivouac même si c’est un bivouac sauvage au milieu de nulle part.

 

Les organisateurs passent pas moins de trois heures à rassembler la totalité des participants car certains ont fait fausse route et sont totalement isolés dans cette immensité. Heureusement que tout est minutieusement contrôlé, encadré et grâce aux appels satellitaires tous peuvent être récupérés là où ils se sont arrêtés.


C’est alors le moment d’un repas, sous une lune presque pleine, autour d’un feu de camp, avec grillade de marshmallows pour les amateurs et tir de feux d’artifice. Cette nuit est vraiment magique et le restera à jamais dans nos esprits. Un peu comme ces instants qui déterminent des vies, enclenchent des vocations ou assoient des personnalités.

 

Le Students Challenge n’a pas d’équivalent, dans sa douceur de délire et son organisation incroyable, pour son intimité et son initiation à la vie, et surtout pour ce je ne sais quoi de plus qui rend euphorique, perplexe et où les âmes exultent d’un bonheur immense et simple.